Depuis combien de temps es-tu père ? Est-ce que cela correspond à ce que tu avais imaginé ? Et est-ce que cela a changé entre un enfant et deux ?
Je me souviens m'être assis sur l'escalier en bois raide qui menait à la chambre, dans l'abri de jardin où mes parents avaient installé notre famille de six personnes lorsque les temps étaient durs. Je devais avoir huit ou neuf ans et je n'avais pas du tout vécu ce déménagement comme un déclassement. Certes, nous portions plusieurs couches de vêtements pour nous tenir chaud, même à l'intérieur, et nous nous lavions à tour de rôle dans la piscine gonflable en plastique que ma mère remplissait d'eau bouillante, bouilloire après bouilloire, le dimanche soir, mais notre nouveau logement nous offrait aussi beaucoup plus de liberté. Les longues nuits d'été passées à jouer dans la forêt, sans surveillance, et les visites furtives à la confiserie du village ont donné à cette époque une aura dorée.
Assis sur ces escaliers raides, je me demandais quel genre d'homme je deviendrais un jour. Allais-je me laisser pousser la barbe ? Porterais-je des costumes comme mon grand-père, ou opterais-je pour les « smokings canadiens » en jean foncé que mon père portait depuis qu'il avait perdu son emploi à l'opéra ? Tout était si flou, tout était possible.
Une chose à laquelle je m'étais résigné, c'était que je ne serais probablement jamais père.
Mon appréhension venait-elle de l'idée que ma propre vie était trop infantile, remplie de choses insignifiantes comme des dessins, des nuits tardives et des chansons pop, pour que je puisse assumer une responsabilité aussi monumentale ?
Tout ce que je sais, c'est qu'un soir, dans une chambre d'hôtel, j'ai soudain pris conscience que je devais devenir père, que c'était, à partir de cet instant, une possibilité bien réelle, voire une nécessité.
Je me souviens avoir appelé ma petite amie pour lui faire part de cette grande nouvelle. Elle n'a, à ce jour, aucun souvenir de cet événement.
Un an plus tard, notre première fille est née.
Avec l'arrivée de cette petite personne, j'ai compris que mes craintes portaient sur autre chose. Prendre soin de ma fille s'est avéré être quelque chose que je pouvais faire sans aucun effort. L'aimer était inévitable. L'homme-enfant incapable que j'avais imaginé être s'est effacé, n'étant plus qu'une caricature maladroite d'un cliché masculin.
Cinq ans plus tard, un mois avant que la Covid ne mette le monde en pause, notre deuxième enfant est né. Un deuxième enfant fait de la paternité davantage un travail qu'une nouvelle aventure. Cela m'ancre aussi comme jamais auparavant.















