Quel est le quotidien d’un journaliste d’investigation ?
C’est beaucoup de rencontres, de discussions, de relations qui se créent. En parallèle, c’est aussi un travail de fourmi. Souvent les gens s’imaginent que tu as des technos de dingue pour obtenir des infos, qu’il y a un gars qui arrive et qui te file tout le dossier… En fait, pour moi, la plupart du temps, c’est un travail très artisanal, qui prend des mois voire des années.
Ça ressemble à un travail d’enquêteur de police, en fait.
Oui, c’est comme un travail d’enquêteur. Mais il y a deux grandes différences.
L’enquêteur de police fait avec les moyens de l’État. Il peut perquisitionner, convoquer, mettre en garde à vue, etc. Toi, tu ne peux faire qu’avec ta force de persuasion et avec le consentement. Ce qui te bloque pour plein de choses — tu ne peux forcer personne — mais tu peux aussi amener les gens plus loin, parce que les gens qui viennent, ils viennent parce qu’ils ont décidé de le faire.
L’autre chose, c’est que l’enquête de police et d’ailleurs un certain nombre d’enquêtes journalistiques se font la plupart du temps avec des questions/réponses assez formelles et cadrées. Moi, j’essaye de casser un peu cette barrière. Je peux créer des relations, faire des dîners, boire des coups avec des témoins importants, des lanceurs d’alerte, des victimes… Tu les suis pendant des mois voire des années. Ils te confient des choses très intimes. Tu finis par faire partie de leur vie.








