Bonjour Victor, quel est le quotidien d'un journaliste d'investigation ?
Ce sont beaucoup de rencontres, de discussions, de relations qui se créent. En parallèle, c'est aussi un travail de fourmi. Souvent, les gens s'imaginent que tu as des technologies de dingue pour obtenir des informations, qu'il y a un gars qui arrive et qui te file tout le dossier… En fait, pour moi, la plupart du temps, c'est un travail très artisanal, qui prend des mois.
C'est un travail d'enquête, en fait.
Oui, c'est comme un travail d'enquêteur. Mais il y a deux grandes différences.
L'enquêteur fait avec les moyens de l'État : il peut perquisitionner, il peut forcer, il peut convoquer. Toi, tu ne peux faire qu'avec ta force de persuasion et avec le consentement. Cela te bloque pour plein de choses, tu ne peux forcer personne. Mais tu peux aussi amener les gens plus loin, parce que ceux qui viennent le font parce qu'ils ont décidé de le faire.
L'autre chose, c'est que l'enquête se fait la plupart du temps par des questions-réponses assez formelles. Moi, j'essaye de casser un peu cette barrière. Je peux créer des relations, faire des dîners, boire des coups… Avec les familles des victimes aussi, d'ailleurs : tu les suis pendant des mois, tu rencontres leurs enfants… Tu finis par faire partie de leur vie.








